Uber, après la restauration et la mobilité terrestre, lance à partir de juin à Nice, Cannes, dans le Var et les Bouches-du-Rhône, un service de location de bateaux en libre-service disponible directement via l’application.
Avec Uber Boat, l’entreprise entend se positionner sur le marché de la plaisance en permettant à ses utilisateurs de réserver des embarcations — semi-rigides, catamarans, voiliers — grâce à un partenariat avec Click&Boat, plateforme européenne spécialisée dans la location de bateaux.
Cette offre donnerait accès à une flotte annoncée d’environ 50 000 unités.
Le service repose sur une intermédiation numérique, sans flotte propre exploitée par Uber, et propose différents types d’embarcations, avec ou sans skipper selon les configurations disponibles.
L’offre indique que ces embarcations sont proposées par des particuliers comme par des opérateurs professionnels. Ajoutant cependant que pour l’heure, Uber Boat ne permettra pas de louer un bateau en autonomie. Pour l’heure…
Nous* demandons plus d’informations et de transparence sur ces prestations. Un développement raisonné des usages nautiques doit nécessairement s’accompagner :
- d’un cadre clair,
- du respect du milieu marin,
- d’une pédagogie forte auprès des usagers,
- et d’une vigilance particulière concernant les zones sensibles et les conflits d’usage.
A ce stade des éléments connus la plupart de ces bateaux, outre voiliers et catamarans, seront à moteur avec la particularité pour les semi-rigides de pouvoir être utilisés sans permis si inférieurs à 6 chevaux.
Quid de leur propulsion, vraisemblablement thermique pour la majorité compte-tenu de la zone côtière, des conditions de navigation sur le littoral méditerranéen et, bien sûr des usagers.
Nous demandons aux autorités, aux services de l’État (Préfecture maritime) et à la collectivité hôte (Métropole et Ville de Nice, Toulon, Marseille, etc) de renforcer l’information et les contrôles par :
- Le rappel des restrictions : limitation de vitesse, interdiction de mouillages, zones de baignade, réserves naturelles, etc.
- La surveillance des zones et parcs de navigation protégés (bruit, remous, dégradations) : aires et zones marines protégées, herbiers de posidonie, faune et flore.
- L’intégration avec les autres usagers, pêche, loisirs, navigation, zones protégées/sensibles.
- Des moyens accrus dédiés aux contrôles dès la location (détenteurs de permis, assurance) et en mer ; état des lieux réglementaire du bateau, avant et après location, surveillance maritime renforcée par des patrouilles maritimes des diverses polices, de la gendarmerie et des douanes.
Avant qu’une autorisation administrative soit accordée, tant au niveau européen qu’au niveau national, il faudrait prévoir des consultations de tous les acteurs du monde marin.
Tous les marqueurs relatifs à la pression humaine, démographique et urbanistique sur le monde marin en Méditerranée sont au rouge, des déchets plastiques, au rejets chimiques en passant par la surpêche, le surtourisme, les pollutions sonores et lumineuses. Faut-il étendre, au nom de l’économie touristique, les désordres déjà instaurés à terre par leur extension en milieu marin ?
Si ce modèle de mobilité peut être envisagé favorablement lorsqu’il est déployé dans des proportions raisonnables, dans un cadre légal strict et dans le respect du milieu marin, des usages et des activités existantes, il appelle néanmoins des réponses claires sur un littoral déjà particulièrement fragilisé, confronté au réchauffement de ses eaux et à une forte pression humaine.
La recherche d’un équilibre entre protection et usages durables de l’océan ici, de la Méditerranée, doit rester notre préoccupation, notre responsabilité collective. A fortiori ici où s’est tenu l’UNOC3. C’est pourquoi nous interrogeons le sens et les bénéficiaires de cette nouvelle « ubérisation » de la mer, sur un littoral déjà sous forte pression. Son accès et son avenir valent davantage qu’un clic.
* premiers osignataires : Françoise Loquès, docteure en biologie marine, directrice Mission bleue, conseillère scientifique du Fne-Paca ; Daniel Moatti, chercheur au Sic Lab Méditerranée, docteur HDR en SIC, conseiller scientifique du FNE-Paca, président de l’Anqaev ; Hélène Granouillac, fondatrice de Terre bleue, conseil en environnement ; France Gamerre (Marseille, Bouches-du-Rhône) ; professionnels de la plaisance (neutres) rappellent « qu’ à force d’assistances, d’automatisation et de simplification extrême, c’est toute une partie de l’apprentissage, de la progression et du “savoir naviguer” qui risque d’être gommée. Car la plaisance, ce n’est pas seulement se déplacer sur l’eau. C’est aussi comprendre, anticiper, apprendre, bref, vivre une expérience. À vouloir tout simplifier, on prend le risque de la vider de sa substance » ; Jean-Bernard Vitiello, nageur en eau libre ; etc.
Nice – Côte-d’Azur, le 13 mai 2026.
© Ventura Romero | Getty Images
